Zebraska 1 - La chronique

24 décembre 2055. Martin, alias Marty, a 15 ans. Aujourd'hui, Mamiléa lui offre un livre, une bande dessinée plus précisément, qu'elle a écrite, dessinée et imprimée à compte d'auteur en un seul exemplaire. Marty n'a pas l'air convaincu que ça va l'intéresser, mais le soir même, sur son lit, il se plonge dans la lecture de Zebraska, une histoire dont le personnage principal est un drôle de zèbre. Ce n'est pas une histoire fluide qui coule, qui roule, qui glisse, toute lisse et transparente. C'est l'histoire de Thomas, trois ans, qui vit avec ses parents et son petit frère Mattéo qui vient de naître. Thomas est différent des autres enfants. Au fil des mois et des années, sa mère va s'en rendre compte. C'est une boule d'émotion qui a des comportements qui peuvent paraître atypiques et qui se pose des questions existentielles. Entre les conseils mal-à-propos de ses amis et les crises imprévisibles de son fils, la maman de Thomas porte une partie de ce fardeau : son enfant est HP, Haut Potentiel.


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Si Marty est si touché par l'histoire de Thomas, c'est parce que Thomas, c'est son père. Il découvre un petit garçon bien différent de l'homme qu'il est devenu. Remué par ce qu'il lit, Thomas voudrait tellement pouvoir s'entretenir avec son père à l'époque où il était encore adolescent. En 2056 à présent, le monde a bien changé. Les jardins publics sont sous cloches à l'intérieur des villes. Thomas a une petite copine : Louna. Son pote Scotty le trouve bizarre. C'est à cause du livre qui le met à l'envers. Ses amis ne le comprennent pas. Depuis que le bouquin est entré dans sa vie, tout a changé. Avec Zebraska, Thomas n'est pas seulement en train de découvrir son père. Il est en train de se comprendre lui-même.


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Corbeyran et Isabelle Bary adaptent le roman de cette dernière dans un diptyque dont voici la première partie. C'est l'histoire d'un enfant à haut potentiel, un enfant « zèbre » comme on les appelle, précoce, surdoué, avec des capacités hors normes et une hypersensibilité exacerbée. En fin d'album, un dossier explique parfaitement leur problématique. Le récit navigue entre un présent, qui est le futur pour le lecteur, et un passé, présent du lecteur. Des intercases noires ou blanches différencient les époques. Les scénaristes les alternent au fur et à mesure de la lecture de l'album par Marty, complexe et questionnante pour lui. Outre une histoire de Haut Potentiel, le livre aborde aussi la préoccupation de la lecture dans le futur, de plus en plus en lutte face aux écrans. « Lire est une conquête, Marty. Un acte d'insolence. Un récit ne tolère aucune simplification. Aucune évidence. Oublie tes lunettes 3D, mets tes sens aux aguets. » Ces mots que prononce Mamilia pourraient très bien être dits par Corbeyran lui-même aux lecteurs. On reconnaît en eux le point de vue du scénariste hors pair aux plus de 460 albums.

Pour illustrer l'histoire, on retrouve Ludo Borecki, le dessinateur au réalisme souple de La vie compliquée de Léa Olivier. Il apporte une douceur certaine et une émotion remarquable dans les regards des personnages, en particulier chez la maman de Thomas.

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A l'école, les enseignants n'ont aucune formation pour s'occuper des élèves à haut potentiel, la focale étant uniquement portée sur les élèves en difficultés. Mais dans un autre ordre d'idées, eux aussi le sont. Il faut ouvrir les yeux en grand pour le voir. Si un bouquin comme Zebraska peut contribuer à une évolution des mentalités dans ce sens, ce sera une victoire.

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